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L’Oiseau que l’on égorge ne mord pas

4 mai 2011, par Mauricette HUBNER

Belle idée que celle-ci ! S’il avait du mordre ce moineau, il l’aurait fait avant que l’on s’approche de lui pour le violenter et le tuer. Mais voilà, il ne pouvait point se battre face à ces géants froids et avides de conquérir la moindre parcelle de nature encore sauvage. Il avait été bien éduqué, lui, au respect de l’autre. On lui avait appris que le monde est beau quand le soleil flamboyant se lève, quand la mer au petit matin déroule ses vaguelettes en de petits mouvements doux de Mère du Monde, quand le monde marin se dit bonjour en silence, que dans les airs tout bruit en une cacophonie de sons, de piaillements et de roucoulements heureux, que dans le pré le cheval piaffe de son impatiente énergie.

Comment aurait-il pu deviner, lui l’oiseau rouge et or, qu’un jour des barbares auraient l’audace de déverser des tonnes et des tonnes de glues puantes dans la mer, qu’ils évacueraient autant de fumées viciées dans les airs tout en dialoguant des heures et des heures sur la nocivité du pet des vaches.

Oui, il est mort l’Oiseau, égorgé non pas par la lame tranchante du guerrier africain qui lui aurait rendu hommage pour sa participation, involontaire mais néanmoins active, à son repas du soir.

Non, là, il mourrait pour rien, ignoré des barbares et des tueurs en short, abandonné par les associations de développement durable, elles-mêmes assassinées par les coupes-coupes budgétaires des gouvernants abrutis, eux-mêmes coincés sous l’épée de Dame Economie toute droite debout sur un tas de billets, qu’en pluie elle verse sur les tueurs en smoking et en limousine.

Oui, l’Oiseau est mort et ne mord plus, quant à l’or, on le sait, il finira par tuer, aussi sûrement qu’une lame affûtée, le faux-guerrier en pantalon de soie comme l’a été la petite mésange en livrée pailletée et duveteuse qui sous son aile chaude, donnait la vie.

« Vive la vie de l’Oiseau, Mort à l’Or », cela pourrait être inscrit au fronton des temples d’argile où se rencontrent les Hommes aux bourses trop lourdes pour qu’ils puissent s’envoler vers le ciel.

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EN HOMMAGE A L'OISEAU