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A CHACUN SA FIN

30 juin 2011, par Mauricette HUBNER

Jacques boudait au bout du canapé le nez derrière son journal, Cécile faisait semblant de lire son dernier roman policier « la Fille au Foulard Bleu » La télé les accompagnait en sourdine, la soirée était lourde, Cécile se racla la gorge :

  • Hum…hum.. et ton affaire Jacques, elle avance ? Silence au bout du dialogue.

Quand Jacques était fâché, il s’emmurait dans ses émotions, les mâchoires crispées, les yeux furibonds, incapable de dire un mot. Cécile vivait de plus en plus difficilement l’attitude de son mari peu loquace même dans ses moments les plus euphoriques.

  • Tu pourrais répondre à la fin dit-elle en lançant son bouquin à l’autre bout de la pièce

Celui-ci atterrit sur le faux vase chinois, héritage d’un oncle éloigné de Jacques et il s’éclata en plusieurs morceaux

  • Au moins un qui s’éclate marmonna Cécile alors que Jacques restait de marbre

Cécile avait une envie folle de le secouer comme on le fait avec une tirelire afin de faire sortir de lui des mots cristallins comme des sous neufs mais elle abdiqua, pris son téléphone et fila dans la chambre en composant fébrilement le numéro d’Arthur qui décrocha au bout de deux petites sonneries

  • Hello ma Belle…Bien rentrée ? Est-ce que l’électrochoc à fonctionné ? Que fait Jacques ?
  • Rien, il est égal à lui-même pas moyen de le faire parler
  • Normal, en général c’est lui qui fait parler l’accusé répondit Arthur avec son ironie habituelle. Tu t’énerves à rechercher, en vain, le code d’accès à une communication idéale entre vous, jamais, Jacques ne pourra exprimer ce que tu attends de lui et surtout pas avec les mots que tu désires
  • Et bien tant pis ! Le prochain scénario que nous allons monter va le mettre au pied du mur répondit Cécile avec une crispation méchante de sa bouche qui révélait un fond plus coléreux que ne l’affichait son visage habituellement lisse Avec un débit haché et vif, elle expliqua son plan à Arthur, son nouvel amant.

Celui-ci attendait avec impatience que Cécile soit libre mais il ne rêvait pas et découvrait par petites touches l’attachement amoureux que Cécile avait pour Jacques ainsi que son inclination toute naturelle pour les avantages matériels dont il la comblait. Et oui, cette chipie aimait la soie, le champagne, les restaurants chics et le tennis, et, par-dessus tout elle était attachée à sa liberté. Et sur ce point Jacques lui fichait une paix royale.

  • Tu m’écoutes cria Cécile dans la petite boite noire qu’Arthur, avec un réflexe d’écolo, tenait assez loin de son oreille pour ne pas être contaminé par les mauvaises ondes, éloignement qui souvent lui faisait perdre le rythme des conversations et des mots qu’avec habileté il complétait par lui-même, enfin, il essayait et tombait parfois à côté du sujet traité mais bon…il conservait l’oreille saine c’était le principal…
  • Tu m’écoutes…cria à nouveau Cécile qui s’impatientait. Mais tu es sourd ou lâche ! Bon prend note, voici le nouveau plan ….